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dimanche 15 décembre 2013

Eric Maddox retrace la capture de Saddam Hussein, 10 ans après

Vendredi 13 décembre ne marquait pas seulement un jour de superstition pour tout le monde. En effet, vendredi dernier marquait les dix ans de la capture de Saddam Hussein qui est retracée dans le livre d'Eric Maddox.

A cette occasion, Fox & Friends et KGOU (qui sont des sites/chaînes d'informations) ont pu interviewer Eric Maddox sur cette traque, la capture mais également sur le projet cinématographique Mission: Blacklist.

Voici la transcription de ces interviews. Traduction maison comme d'habitude.

Interview Fox & Friends

Source 1 (Site Fox)
Source 2 (Blog Partenaire Mission: Blacklist)

Cette première vidéo traite de la capture de Saddam Hussein en elle-même sans le segment d'Eric Maddox. Je vous invite à la regarder pour pouvoir situer les événements mais aussi pour en connaître d'avantage sur l'histoire de cette capture. Cependant, pas de traduction pour cette partie puisque Eric Maddox n'y apparaît pas et qu'ils ne parlent pas du film.

Petite citation tout de même, pour vous montrer à quel point les Etats-Unis ont été touché par cette histoire.

"Difficile de croire, qu'il y a dix ans de cela, le dictateur Saddam Hussein fut retrouvé caché dans un trou (littéralement trou d'araignée en anglais, signifiant cachette ou trou à rat en français) après des années de crimes de guerres. Sa capture, une occasion momentanée pour un monde de nouveau libre."

Source 3 (Site Partenaire Spunk Ransom)
Source 4 (YouTube)

Cette fois-ci, vidéo d'Eric Maddox sur le film.

"Présentateur: Et c'est le trou que nous regardons maintenant, recouvert d'une pierre et d'une protection, où se trouvait Saddam Hussein. Quelle histoire! Et je sais qu'ils vont en faire un film et je sais qui va jouer votre rôle!
Eric Maddox: Robert Pattinson va jouer mon rôle, Steve.
Présentateur: Fantastique! C'est super!
Eric Maddox: Oui.
Présentateur: Est-ce que vous savez quand il va se retrouver sur le grand écran?
Eric Maddox: Ils commencent le tournage au printemps, donc... Je ne fais pas partie du monde d'Hollywood alors je vais juste attendre et je ne sais absolument pas quand il sortira sur grand écran.
Présentateur: Eh bien vous savez quoi? Il (Pattinson) a de nombreux fans, vous en avez aussi pour ce que vous avez tous fait il y a dix ans. C'était Eric Maddox qui est désormais un formateur dans l'art des interrogatoires pour le département de la Défense. Merci infiniment pour votre service rendu. Merci pour tout. Et euh, bonne chance avec le film.
Eric Maddox: Merci, vous aussi"

Je vous avoue que je n'ai pas bien compris le comportement assez peu professionnel du présentateur... On voit bien qu'Eric Maddox n'est pas très à l'aise mais les questions posées laissent assez à désirer.
On sait néanmoins que le sergent est très fier du projet et du choix de l'acteur principal.

Nous n'avons plus qu'à attendre le printemps!

Interview KGOU

Il s'agit d'une interview enregistrée, je vous invite à l'écouter en même temps que la lecture de la transcription. Comme d'habitude traduction maison!

Source 1 (KGOU)
Source 2 (Blog Partenaire Mission Blacklist)

"Un natif d'Oklahoma revient sur l'Irak et l'art des interrogatoires lors de l'anniversaire de la capture de Saddam Hussein

Il y a dix ans vendredi, des centaines d'interrogatoires et des mois de travail sur la récolte d'informations ont payé pour Eric Maddox lorsque ses pairs soldats de l'armée américaine ont "rendu" le dictateur Iraquien Saddam Hussein qu'ils avaient trouvé dans sa cachette (son trou d'araignée) près de sa ville natale de Tikrit.

Plus d'une décennie après le début du conflit, et deux ans après le départ de l'armée américaine d'Irak, Maddox dit qu'une fois qu'Hussein a été appréhendé, les Etats-Unis n'avaient aucune idée de la façon dont ils pouvaient reconstruire le pays.

"Les Iraquiens regardent l'Armée américaine et leur font remarquer "Hey, vous êtes responsables maintenant", dit Maddox. "Et lorsque leurs attentes n'ont pas été respectées, ils ont commencés à se retourner contre nous. C'est à ce moment-là que les éléments d'Al-Qaeda entrent en jeu en Irak, et recrutent des citoyens défaitistes et des combattants étrangers, et à partir de là, cela devient une toute autre guerre."

Maddox dit qu'alors que les forces de la coalition étaient très bien préparées pour l'invasion et ont accomplies leur mission qui était le changement de régime, il ne s'est personnellement pas senti prêt d'interroger des insurgés pendant la si bien appelée "nouvelle guerre".





"On m'a appris à interroger des soldats en uniforme et avec une arme sur le champ de bataille" Maddox dit. "Ceux-là étaient des individuels vivant la vie de tous les jours, avaient un travail normal, et étaient chez eux dans des habits de civils, et il n'y avait pas d'évidence contre eux. Et les techniques qu'on nous avait apprises ne fonctionnaient pas."

Maddox est l'auteur de Mission: Black List #1 qui détaille son expérience l'ayant conduit à la capture de Hussein (Saddam). Le livre va être adapté au cinéma avec la star de Twilight, Robert Pattinson, reprenant le rôle de Maddox.
Ayant servi en tant que ranger aéroporté (Airborne Ranger) de l'infanterie autrefois a aidé Maddox à s'adapter aux situations inattendues. Il a rapidement apprit à sympathiser avec ses prisonniers, se mettre à leur place, et gagner leur confiance ainsi que leur respect.

"C'est une situation où je suis un peu Big Brother," dit Maddox. "Tikrit, par exemple, est une petite ville de 20,000 habitants. Je connaissais chaque rue, chaque quartier, chaque famille. Et lorsque je leurs dis, "Vous allez rentrer chez vous parce que je peux vous trouver", ils le feront."

Maddox a servi pendant la tumultueuse décennie où les militaires de l'art de l'interrogation étaient sous les feux de la rampe à cause de leurs techniques d'interrogation plus que controversées, plus communément perçu comme de la torture. Il dit qu'il ne l'a jamais fait, mais il sait que cela existe et a vu le gouvernement des Etats-Unis ainsi que l'Armée faire leur possible pour que cela cesse.

"Nous avons la responsabilité de créer et développer des techniques d'interrogatoires qui sont de loin plus supérieures et plus effectives que la torture," dit Maddox. "Je le ferais à ma façon même si j'avais l'autorisation de torturer. Si nous ne faisons pas ça, il n'y a aucune garantie que cela cesse pour de bon."


TRANSCRIPTION INTEGRALE

SUZETTE GRILLOT, PRESENTATRICE: Eric Maddox, Bienvenue dans World Views.

ERIC MADDOX: Merci de m'accueillir.

GRILLOT: Eh bien, cela fait dix ans que vous avez été impliqué dans la capture de Saddam Hussein. Pouvez-vous retracer, nous donner certaines idées de ce que vous pensez; comment ces dix années ont passé depuis la capture de Saddam Hussein? Il y avait tellement d'optimisme et d'excitation, je suppose, lorsque vous avez appréhendé le dictateur et réussi à changer le régime en Irak, ce pourquoi vous étiez allés là-bas. Nous savons comment cela s'est passé, mais qu'avez-vous à dire sur la suite des événements à partir de là?

MADDOX: Eh bien, c'est une question complète, mais de mon point de vue, en tant que membre de l'Armée, en tant que Sergent à l'époque, il s'agissait d'une période d'excitation. Nous avions l'impression de nous battre pour notre pays, et nous allions faire sortir un dictateur dont nous avions tous entendu parler en grandissant et que nous représentions comme un homme vil. Et nous sentions que nous étions préparés. Nous y sommes allés et avons juste fait tout ça. Nous avons inversé le régime. Nous avons commencé à traquer les cibles de grandes valeurs. Eventuellement, nous avons capturé Saddam, mais le problème je pense, et il ne s'agit que de mon opinion, est que nous ne savions pas comment mettre fin à ça. Parce que nous n'avions aucune idée sur la façon de reconstruire un pays alors que nous en avions la responsabilité. Les Iraquiens regardent l'Armée américaine et leur font remarquer "Hey, vous êtes responsables maintenant". Et lorsque leurs attentes n'ont pas été respectées, ils ont commencés à se retourner contre nous. C'est à ce moment-là que les éléments d'Al-Qaeda entrent en jeu en Irak, et recrutent des citoyens défaitistes et des combattants étrangers, et à partir de là, cela devient une toute autre guerre. Vous avez en réalité deux guerres totalement différentes.


GRILLOT: Donc, il y avait une guerre contre l'Irak, la guerre contre Saddam Hussein, la guerre contre le dictateur, dont le pouvoir avait été retiré. Et vous dites que vous étiez préparé à ça. Vous étiez préparés à combattre dans cette guerre. Mais la seconde guerre a commencé. L'insurrection. Est-ce que c'est ce dont vous parlez, par rapport à une guerre différente?

MADDOX: La seconde guerre d'insurrection menée par des combattants étrangers et celle pour laquelle nous ne pouvions déterminer l'ennemi et gagner le cœur et les esprits des gens. Parce c'est vraiment... lorsque vous combattez une insurrection, c'est tout ce que vous faites. Soit vous gagnez le cœur et les esprits des gens, soit vous n'y arrivez pas. Si il y a des questions concernant la raison de l'échec en Afghanistan, c'est parce que le gouvernement Afghan ne pouvait pas gagner, ils ne peuvent pas gagner le cœur et l'esprit du peuple, et les Talibans le font. Alors, c'est un exemple, et il nous a fallut plusieurs années pour comprendre et réaliser, "Attendez une seconde, on ne peut pas jouer à frapper n'importe où avec ces ennemis-là, il faut que nous construisions des infrastructures, et les aider à construire un gouvernement." Et cela nous a prit plusieurs années, parce que nous n'avions aucune expérience là-dedans.

GRILLOT: Alors lorsque vous dites que vous étiez préparés pour la guerre, je me demandais si vous étiez préparé à faire votre travail en particulier, puisque vous dites dans votre livre et vous l'avez commenté à plusieurs reprises publiquement que vous n'aviez pas vraiment été formé pour devenir interrogateur. Maintenant, vous avez servi en tant que tel en Irak. Vous avez interrogé un bon nombre de personnes menant à la capture de Saddam Hussein, alors étiez-vous préparé à ce boulot? Parce qu'il m'a semblé que vous ne saviez absolument pas à quoi vous attendre.

MADDOX: Lorsque je dis que nous étions préparé, je parlais de l'Armée des Etats-Unis qui fournit la meilleur formation du monde. Nous avions le nombre. Nous n'étions pas fatigués de combats qui avaient duré plusieurs années, mais moi-même, je n'étais absolument pas préparé. Je n'avais jamais conduit d'interrogatoires, et je suis allé là-bas et ai commencé à interroger, les techniques que j'avais apprises ne fonctionnaient pas. On m'a appris à interroger des soldats en uniforme et avec une arme sur le champ de bataille. Ceux-là étaient des individus lambda vivant la vie de tous les jours, qui avaient un travail normal, et étaient chez eux dans des habits de civils, et il n'y avait pas d'évidence contre eux. Et les techniques qu'on nous avait apprises ne fonctionnaient pas. J'avais, néanmoins, servi pendant plusieurs années dans l'infanterie en tant que ranger aéroporté, où on nous apprenait à s'adapter.


GRILLOT: Alors, lorsque vous vous êtes adaptés, en fait, dites-nous comment vous vous êtes adaptés. Vous avez fait quelques commentaires sur le fait que vous aviez trouvé comment vous mettre à leur place, et que c'est une tactique qui vous a aidé à récolter l'information dont vous aviez besoin. Que voulez-vous dire par là?

MADDOX: C'est le principe numéro un auquel je crois. Lorsque j'enseigne l'art des interrogatoires à un futur interrogateur, vous devez absolument vous mettre dans les baskets du prisonnier. Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire? Eh bien, on nous a apprit à jeter au visage les preuves que l'on a contre eux pour essayer de briser leur esprit dans le but de leur soutirer des révélations. Jusqu'à ce qu'ils se confessent, on ne peut pas vraiment faire confiance dans ce qu'ils nous disent. Ils sont assis là dans leurs vêtements de civils, et ils ne sont pas vraiment des soldats, et dans leur esprit, vivre sous les règles de Saddam signifie ne jamais se confesser. Alors cette bataille est livrée (entre les deux objectifs). Et en réalité ils ont des problèmes. Ils voulaient rentrer chez eux. Ils avaient de la famille dont ils avaient à s'occuper quotidiennement. Ils avaient des boulots et des responsabilités, et ils avaient besoin de rentrer chez eux. Et comment est-ce qu'on fait ça? Ils doivent m'aider. Je dois attraper leurs patrons faisant partie de l'insurrection. Eh bien, si leur boss est un membre de leur famille, et ils disent, "je ne vais pas vous aider à attraper un membre de la famille", je dois aller encore plus haut qu'eux. Dans ces cas-là ils me regarderont et me diront, "Voilà le plan. Si je vous livre mon boss, ils vont savoir que c'est moi et ils vont me tuer. Mais monsieur l'interrogateur, je dois rentrer chez moi, mais si je vous livre le boss de mon boss, et d'autres individus dont vous n'êtes pas conscients qu'ils existent, allez d'abord les chercher. Capturez-les et ensuite allez chercher le boss de mon boss. Ils penseront que ces gars les ont dénoncé et je serais libre de rentrer chez moi." Et alors j'expliquerais à ce prisonnier, "Tu sais , c'est une bonne idée. Et parce que ton frère fait partie de l'insurrection, j'ai besoin d'aller le chercher, et lui dire de se calmer. Il restera assis chez lui, et il ne fera rien. J'ai besoin que tu rentre chez toi et que tu vives ta vie. Je sais où tu habites. Je sais comment t'attraper. Mais tu vas t'asseoir là-bas et vivre ta vie normalement, deal?" Et il est choqué. Il est épaté. Il est en train de penser, "je vais passer le reste de ma vie dans une prison du gouvernement des Etats-Unis," mais deux jours après j'aurais fait rentrer ces gars chez eux et ils nous révèleront tout ce dont nous avons besoin.

 
GRILLOT: Donc, en termes de tactiques d'interrogatoires alors, j'ai comme l'impression que vous sympathiser avec votre prisonnier. Que vous vous mettez à sa place. Vous prenez en compte leur perspective de la situation et comprenez leur besoin. Est-ce que vous pensez que c'est quelque chose qui s'est répandu bien plus loin que pour les techniques d'interrogatoires et donc s'est étendu à une compréhension de ce dont les Iraquiens avaient besoin? Ou bien si nous étendons même ceci à un autre conflit dans lequel nous sommes impliqués, l'Afghanistan, sympathisons-nous avec les Iraquiens? Sympathisons-nous avec les Afghans? Sympathisons-nous plus largement dans notre politique, ou est-ce que cela est juste limité à l'art des interrogatoires?

MADDOX: Je ne peux pas vraiment parler à grande échelle. Je peux simplement parler de ce que j'ai appris et développé en tant qu'interrogateur. Il semblerait que ce soit une suite logique. La difficulté est d'avoir des commandeurs qui ont le courage de laisser des prisonniers dont ils ont conscience qu'ils se battent contre nous, qui ont probablement tué des Américains, retourner chez eux deux jours après leur arrestation. Lorsque les commandeurs m'ont fait confiance pour que je libère ces prisonniers, et de par cette action - donner des informations - alors nous pouvions avancer. Mais ce fut quelque chose que j'ai fait moi. Je ne peux pas parler d'actions à plus grande échelle. Cependant, je vais dire, je le fais en Afghanistan et c'est tout aussi effectif. Parce qu'à la fin de la journée, les gens veulent simplement rentrer chez eux.

GRILLOT: Mais vers quoi rentrent-ils chez eux?

MADDOX: Ils sont...

GRILLOT: Je veux dire c'est une vie difficile qu'ils vivent ces derniers temps. Est-ce qu'ils rentrent chez eux dans l'insécurité? Est-ce que vous pouvez être confiant qu'ils rentrent vraiment chez eux et qu'ils ne travailleront pas contre vous? Comment établissez-vous cette relation avec eux à travers ce processus?

MADDOX: Eh bien, une fois la journée finie, le principal est qu'une fois que j'ai toutes les informations que j'ai récolté, je sais où ils vivent. Je sais où chacun des membres de leur famille vit. C'est une situation où je deviens Big Brother.

GRILLOT: Vous les connaissez bien. Vous les connaissez même très bien. Et ils le savent.

MADDOX: J'ai passé des heures avec ces prisonniers, et Tikrit, par exemple, est une petite ville de 20,000 habitants. Je connaissais chaque rue, chaque quartier, chaque famille. Et lorsque je leurs dis, "Vous allez rentrer chez vous parce que je peux vous trouver", ils le feront. Bien sûr, ils retournent en terrain de guerre, mais lorsque vous avez des responsabilités, ils préfèrent y retourner. La plupart de ces leaders, les membres séniors de l'insurrection, ils sont des personnes importantes. Alors ils ont besoin de prendre soin de leur famille. Oui, c'est dur à l'extérieur, mais ils préfèrent être libres.

GRILLOT: Alors, en tant qu'interrogateur, je suis sûre que vous n'êtes pas surpris d'entendre que certains ont été très critiques par rapport aux techniques que vous avez utilisées. Vous avez annoncé clairement que vous n'aviez pas eu recours à la torture pendant vos interrogatoires. Que vous n'avez torturé aucune des personnes qui vous ont mené à la capture de Saddam Hussein. Cependant nous savons que cela arrive parfois. Il y a des preuves évidentes de cela, et juste pour citer un exemple, la capture d'Oussama Ben Laden, par exemple, certains ont dit, et je pense qu'ils en ont fait un film - que ce soit la réalité ou non - qu'il y a eu torture afin d'acquérir certaines informations. Qu'avez-vous à dire par rapport à ça? Est-ce qu'il s'agit de quelque chose de commun? D'inhabituel? Quelque chose dont nous devrions nous inquiéter ou non?

MADDOX: Je pense que lorsque vous regardez l'Histoire de la torture ces dix dernières années, je dirais que cela a absolument existé dans les premières années, et j'y ai assisté... J'ai effectué huit déploiements ces dix derniers années, seulement en tant qu'interrogateur. J'ai vu le gouvernement des Etats-Unis, l'Armée des Etats-Unis, faire tout ce qui est en leur pouvoir pour se débarrasser de cette pratique. Pour l'éliminer. Pour y mettre fin. Cela existait, et ensuite ils ont essayer de s'en débarrasser, et il y avait de petits morceaux restant. Ils ont appris de leurs erreurs, mais à la fin de la journée, j'ai une philosophie qui dit que, lorsque vous êtes un commandeur ou un soldat, un interrogateur également, si la vie de vos hommes est en ligne de mire, ils vont tout faire pour obtenir l'information qu'ils veulent. Alors la responsabilité que nous avons est de créer et développer des techniques d'interrogatoires supérieures et bien plus efficientes que la torture. C'est la seule voie que je puisse garantir. Je le ferais à ma façon même si j'avais l'autorisation de torturer. Je prouverais que les techniques que j'utilise sont plus rapides et plus efficaces. Si nous ne faisons pas ça, alors il n'y a aucune garantie que cela cesse pour de bon.

GRILLOT: Vous avez écrit à propos de ces tactiques. Vous avez parlé publiquement de ces tactiques à plusieurs reprises. Est-ce que cela porte ses fruits? Est-ce que le gouvernement et l'Armée des Etats-Unis utilisent de plus en plus les tactiques que vous promouvez ici et là?

MADDOX: On me demande souvent d'aller enseigner, parler et discuter de mes tactiques. Si certains éléments de l'Armée les utilisent, je sais que les éléments avec qui je travaille les acceptent volontiers, et me demandent de leur apprendre, mais je dirais qu'à la fin de la journée, 95% des militaires de l'Armée ne connaissent pas mes tactiques et elles ne leur ont pas été présentées. Et ce n'est pas parce que je les garde secrètes, on ne m'a juste pas demandé de les enseigner à grande échelle.

GRILLOT: Est-ce pour cette raison que l'insurrection continue aujourd'hui? Nous parlons de dix années en Irak. Encore plus longtemps en Afghanistan. Est-ce votre solution qui va nous aider à combattre l'insurrection?

MADDOX: Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui doivent être faites. Si nous regardons dans l'Histoire, si nous nous attardons sur la manière dont nous résolvons les problèmes, je dirais que c'est trop difficile de s'attendre à ce qu'une Armée reconstruise une nation. Je ne pense pas que cette responsabilité soit celle des militaires. Je crois que nous devrions réfléchir et se dire "Est-ce qu'on veut vraiment entrer dans cette guerre? Car il va bien s'agir d'une guerre et qu'allons-nous bien pouvoir faire lorsque nous aurons à reconstruire le pays? Est-ce que c'est vraiment ce que l'on souhaite?" Mais oui je pense que les avancées en terme d'interrogatoires seront d'une grande aide. On peut observer tellement de choses qui ont été faites dans le passé, et je pense qu'au final, il faut se demander, "Est-ce qu'on a besoin de faire ça? Est-ce vraiment nécessaire?"

GRILLOT: Alors, je dois le mentionner, votre livre Mission: Black List va être adapté au cinéma. Robert Pattinson a été choisi pour interpréter votre personnage. Que pensez-vous de tout ça? Que va-t-on apprendre? Que va-t-on voir dans ce film?

MADDOX: Je suis vraiment excité par le projet. La seule chose que j'ai demandé est que le film soit aussi réaliste que possible. Et travailler avec Rob, c'est également sur ce trait qu'il insiste. Il me demande tout le temps "Est-ce que c'est vrai? Est-ce que ça s'est réellement passé?" Alors c'est très excitant. Nous verrons.

GRILLOT: Eh bien nous attendons cela avec impatience l'année prochaine.

MADDOX: Merci.

GRILLOT: Merci d'être venu sur World Views, Eric, votre présence a été très appréciée.

MADDOX: Ce fut un plaisir. Heureux d'être revenu."

Comme vous pouvez le constater, seule la dernière partie concerne le film mais je trouvais cette interview intéressante et pleines d'informations sur le personnage d'Eric Maddox. Personnellement , je ne peux m'empêcher d'être admirative devant un homme qui arrive à prendre du recul par rapport à son expérience mais également par rapport aux mondes militaire et politique.

J'espère également que cela vous a donné envie de lire le livre car bientôt, il sera à gagner sur notre blog!

En attendant le mois d'Avril avec impatience, sachez que nous ne sommes jamais à l'abri d'une énorme surprise d'ici la fin d'année!      



 

lundi 13 août 2012

Dans la tête de Saddam Hussein

A l'aube d'une promotion pour Cosmopolis, Robert Pattinson n'a encore rien révélé du tournage de Mission: Blacklist, prévu pour la fin du mois, nous nous attendons à quelques révélations sur ce projet spécial.

Si certains d'entre vous regardent les informations, de nombreux bombardements ont eu lieu en Irak la semaine dernière. Ceci, à moins d'un mois du tournage de Mission : Blacklist, nous fait nous poser des questions : est-ce que le tournage aura vraiment lieu en Irak? Les bombardements ne constituent-ils pas un danger pour l'équipe du film? Pourquoi le tournage du film reste-t-il un véritable mystère?

Toutes ces questions, bien que fondées, ne trouveront peut-être pas de réponses dans l'immédiat (en tout cas si les journalistes ou les fans ne les posent pas...).

Alors que nous sommes dans le noir le plus complet, je vous propose de plonger dans l'histoire même du livre et plus particulièrement ce personnage atypique qu'est Saddam Hussein.

En effet, comme vous le savez, Mission: Back List #1 traite de la capture de l'ancien dirigeant de l'Irak.
Pour mieux comprendre ce livre mais aussi le danger de cet homme, nous avons fait quelques recherches dans les livres (on peut remercier ma sœur, Anaïs, qui fait des études de psychologie et qui veut se diriger vers la criminologie) et voici donc une courte analyse de l'esprit de l'ancien dictateur Iraquien!

(Attention : ceci est un extrait d'un livre ayant pour but de voir l'ancien dictateur sous un nouveau jour, il ne s'agit aucunement de nos opinions politiques ou autres.)

Dans l'esprit des meurtriers, de Paul Roland aux éditions Obscuria (la face cachée de l'humain)




"Saddam Hussein - Palaces et paranoïa

Peu avant la première guerre en Irak en 1991, Dr Jerrold Post, un ancien psychiatre qui travaillait pour la CIA, fut chargé d'effectuer une évaluation psychologique du dictateur irakien, car le gouvernement pensait qu'elle pourra l'aider à prévoir sa réaction face à la menace de pression politique internationale ou même d'invasion. Comme Walter Langer l'avait fait avec Hitler, soixante ans auparavant, Dr Post releva des éléments significatifs de la vie de Saddam Hussein qui, selon lui, avaient formé son caractère et alimenté sa névrose. Tout d'abord, il avait été abandonné et maltraité. Saddam Hussein perdit très tôt son père, ce qui contraignit sa mère à le confier à son frère, Khayrallah, qui aurait violenté l'enfant. L'abandon et les mauvais traitements ne furent pas sans conséquence sur son développement psychologique, et créèrent ce que les psychologues appellent "le Moi blessé", une victime qui se méfie du monde et de tous ceux qui l'habitent. Le remariage de sa mère n'améliora pas la situation et Saddam quitta le toit familial à l'âge de huit ans pour retourner volontairement chez son oncle, qui entretint les idées de gloire militaire du garçon.
Saddam se voyait comme un conquérant, mais cette image fut ternie par un fort sentiment d'insécurité, qu'il extériorisa dans les palaces qu'il se fit construire plus tard. Les intérieurs étaient décorés dans un style digne d'un magnat persan, et sous terre, sous les sols incrustés de marbre, il avait fait construire un bunker d'acier et de béton armé pour y abriter du matériel de communication, un arsenal, et même une sortie de secours pour un hélicoptère. Que ce soit dans la vraie vie ou dans son état interne, Saddam Hussein était effectivement assiégé.
Lorsqu'il est assiégé pour de bon, le Moi blessé est généralement autodestructeur. A l'instar de Hitler et d'autres dictateurs, Saddam Hussein ordonna la destruction des infrastructures et des ressources naturelles (les gisements de pétrole) de son propre pays, pour satisfaire son caractère vindicatif. "Si je ne peux pas l'avoir, personne ne l'aura" : la réponse typique de l'enfant gâté.

Le fou du Proche et du Moyen-Orient

En décembre 1990, Dr Post avait déconseillé à la House Armed Services Committee de diaboliser le dictateur, que beaucoup en Occident avaient dénommé "le fou du Proche et du Moyen-Orient". Placer Saddam Hussein dans la catégorie des "fous" supposait qu'il était imprévisible, irrationnel et impulsif, une supposition qui ne fut pas confirmée par ses actions.
Au contraire, le leader irakien était un opportuniste politique ambitieux et calculateur qui pouvait être aussi patient qu'un prédateur qui attend le bon moment pour frapper. Il était sain psychologiquement, mais politiquement parlant, il ne vivait plus du tout dans la réalité. Sa vision du monde était déformée et extrêmement limitée. Tout comme Hitler avant lui, le dictateur irakien s'était convaincu que son destin et celui de son peuple étaient interdépendants et il pensait avoir été sélectionné par le sort pour jouer le rôle de sauveur.

Délires messianiques

Selon Dr Post, c'était une croyance en une mission messianique qui avait convaincu Saddam Hussein qu'il ne devait pas être gêné par sa conscience mais qu'il pouvait utiliser la violence contre toute personne qui s'opposerait à lui, car s'opposer à Saddam c'était s'opposer à la volonté de Dieu. Mais une agression utilisée pour défendre un idéal masque invariablement une insécurité sous-jacente. Les individus qui ont mérité leur autorité ressentent rarement le besoin de la renforcer par des coups préventifs contre leurs ennemis.
Des actes de violence délibérée et aveugle comme ceux auxquels s'est livré Saddam Hussein contre les Kurdes et contre ses rivaux politiques relèvent une forte prédisposition à la paranoïa. Brûlant d'une colère indignée, il ignora le fait qu'il avait lui-même créé ces menaces et ces conspirations, en partie pour unir les partisans dans la lutte contre l'ennemi commun, mais en partie aussi parce qu'il avait un besoin psychologique d'être constamment en guerre pour ne pas devoir affronter le vrai ennemi intérieur.
Comme avec la plupart des individus de ce genre, le seul moyen de les faire céder quand ils sont coincés, est de leur donner l'occasion de sauver la face, puisque le prestige et l'image de soi sont primordiaux. Ils n'ont ni ressources internes, ni notion de valeur personnelle.
Face à une défaite humiliante, de tels individus n'hésiteraient pas à mettre en branle leurs armes les plus effroyables dans une orgie de destruction massive plutôt que de capituler. Le pouvoir est le seul langage que les dictateurs comprennent et le seul ennemi qu'ils respecteront est celui qui aura un but précis et qui fera preuve de détermination à lutter jusqu'au bout. L'indécision et la tergiversation sont perçues comme un signe de faiblesse.
"Il ne se retirera du Koweït que s'il pense qu'il pourra survivre avec son pouvoir et sa dignité intacts. De même, il ne changera de direction que si son pouvoir et sa réputation sont menacés. Pour cela, il faudra qu'un monde unifié et civilisé, manifestant une volonté d'utiliser la force en cas de besoin, fasse preuve de force, de fermeté et de détermination. Le seul langage que Saddam Hussein comprend est le langage du pouvoir.
Saddam n'ira pas dans le dernier bunker en flammes s'il a un moyen de s'en sortir, mais il peut être extrêmement dangereux et ne reculera devant rien s'il est coincé. S'il pense que sa survie en tant qu'acteur politique mondial est menacée, Saddam peut répondre par une agression sans limites, utilisant toutes les armes et les ressources à sa disposition, pour réaliser ce qui serait certainement un acte final tragique et sanglant"

Narcissisme malin

Bien que Dr Post affirme qu Saddam Hussein ne souffrait d'aucun trouble psychologique connu, de nombreux profileurs et psychologues politiques le décriraient comme étant un exemple classique du syndrome de narcissisme malin, qui est une caractéristique relativement commune chez les criminels. Les composantes essentielles de ce syndrome, comme les identifia le psychanalyste Otto Kernberg, sont le narcissisme pathologique,des caractéristiques anti-sociales, des traits paranoïaques et des agressions sans limites. Si des hommes de ce genre atteignent des positions de pouvoir et d'influence politique, ils continueront de constituer une menace sérieuse et soutenue pour les pays voisins jusqu'à ce qu'on les destitue. Selon l'éminent psychologue politique Aubrey Immelman, directeur de recherche pour le département d'étude de la personnalité politique du Minnesota, les composantes principales de ce syndrome se manifestent comme suit :

1. Narcissisme pathologique

Saddam manifeste une grandiloquence et une extrême confiance en lui, ainsi qu'une fascination pour lui-même tellement importante qu'il est incapable d'empathie par rapport aux souffrances humaines, ce qui lui permet de commettre des atrocités contre son propre peuple aussi facilement que contre ses ennemis.

2. Caractéristiques anti-sociales

La conscience sociale peu développée des narcissiques malins est gouvernée principalement par leur propre intérêt. Des dirigeants narcissiques malins tels que Saddam Hussein sont poussés par la recherche du pouvoir et le désir immodéré de s'élever. Cependant, leur amoralité leur permet d'exploiter les croyances et les convictions inébranlables d'autres individus (des valeurs religieuses ou une ferveur nationaliste, par exemple) afin de consolider leur pouvoir personnel. Ils ne se laissent pas décourager par la menace de punition, ce qui les rend singulièrement résistants aux mesures d'indication économique, aux sanctions ou à d'autres pressions manquant de force.

3. Une conception paranoïaque

Derrière une façade grandiose, les narcissiques malins abritent le syndrome de la forteresse assiégée. Ils sont bornés, ils projettent sur les autres les hostilités qu'ils éprouvent à leur égard, et ils ne reconnaissent pas leur part de responsabilité dans la création d'ennemis. Les ennemis réels ou imaginaires sont tour à tour utilisés pour justifier le fait qu'ils agressent les autres.

4. Une agression sans limites

Les narcissiques malins sont froids, impitoyables, sadiques et cyniquement calculateurs, et pourtant ils sont capables de dissimuler leurs intentions agressives derrière un masque public de civilité ou de souci d'idéalisme.

Malgré ses attitudes agressives et ses menaces de lancer la Mère de toutes les batailles, Saddam se retira dans son bunker lorsqu'il fut confronté aux forces de la coalition pendant la Première guerre du Golfe en 1991, et n'en sortit que lorsque ses ennemis s'arrêtèrent à ses frontières, leur mandat des Nations Unies pour libérer le Koweït achevé. Mais lorsque les Etats-Unis envahirent l'Irak en 2003, il regarda ses forces armées s'enliser et retourna au Moi blessé de son enfance, se cachant dans un trou creusé dans le sol où les troupes américaines finirent par le trouver avant de le mettre en état d'arrestation. Saddam fut jugé coupable de crimes contre l'humanité et exécuté le 30 décembre 2006."


XXXX

Voilà de quoi réfléchir un peu je dirai... Cela permet de cibler le personnage mais aussi de comprendre un peu plus le contexte du livre (et du film par extension).

mardi 3 juillet 2012

Le Sergent et les ondes radio, interview FML

Chers Black Listers,
Voici une interview d’Eric Maddox à la radio (de nouveau). Même s’il expose les mêmes choses que dans les précédents articles, j’ai pensé que ça pouvait être intéressant pour tout le monde de vraiment savoir ce que ce monsieur avait dans la tête lors de la traque de Saddam…
Comme d’habitude (je me répète), traduction maison, soyez indulgents parce qu’une demi heure de traduction seulement à l’oreille ce n’est pas du gâteau qu’on soit bilingue ou pas ;)
Je vous préviens, cette interview est longue =]


Article et écoute de l'émission FML (Faith Middleton Show)

De Publishers Weekly:

En 2003, le sergent Maddox était un spécialiste des interrogatoires sur son premier assignement sur le terrain en Iraq, récoltant des informations sur les «bad guys» (mauvais garçons). La chute inattendue du régime de Saddam Hussein a élargie cette catégorie (de «bad guys»). Envoyé à Tikrit, la ville natale de Saddam, Maddox ne trouva aucun système de référencement des détenus afin d’identifier les cibles prioritaires. Cela a commencé à changer lors de l’interrogatoire d’un des gardes du corps de Saddam, l’un des premiers interrogatoires sérieux de Maddox et le premier pas vers la capture de Saddam. Avec l’aide de l’écrivain freelance Seay (co-auteur de Hello Charlie), Maddox emmène les lecteurs dans des jeux de questions-réponses de niveaux multiples et de forte intensité qui nous mèneront doucement, avec beaucoup de faux départs et de fausses pistes, à la cachette de Saddam. Maddox ne fait aucun secret de ses erreurs: la perte de son sang-froid, la perte de contrôle des interrogatoires, la recherche d’informations plutôt que de cultiver certaines idées. «Nous n’étions pas aux Etats-Unis et mon boulot n’était pas de faire justice», écrit-il. Son point de vue est le bienvenu en ce qui concerne les techniques d’interrogations, souvent de secondes mains. La capture de Saddam Hussein, comme tout bon travail d’informations, représentait 5% d’idées et 95% de patience. La brutalité, Maddox est clair à ce sujet, n’était pas vraiment contre productive mais non nécessaire.


"La véritable histoire de la traque de Saddam Hussein, Eric Maddox interviewé par Faith Middleton pour WNPR – Connecticut Public Radio


Faith Middleton: Au centre du quartier d’art de New Haven, je suis Faith Middleton et cette émission traite de la richesse de la vie. Merci de nous écouter à Rhode Island, dans le Connecticut et à New York ainsi que dans l’est de Rhode Island, sur internet ou dans le monde entier sur notre site.

Alors que l’annonce choquante de la capture de Saddam Hussein fut faite le 14 décembre 2003, il a été révélé l’une des plus grosses affaires de l’histoire avec ses troupes militaires, ses forces spéciales, ses informations et ses dépenses utilisées avec intelligence. Aucun endroit n’a été mis de côté après l’invasion: chaque recoin, chaque caillou, chaque indice, chaque piste ont été retournés pour retrouver les anciens partisans du régime. De toutes les cibles de grandes valeurs représentées sur un jeu de carte par l’armée américaine, Saddam était l’as de pique. Mais, ce livre retrace la traque de cet homme, ainsi que le personnel impliqué qui ne devait pas être révélé au public. Eric Maddox était le sergent ayant organisé la capture de Saddam. Mission: Black List #1 – The Inside Story of the Search for Saddam Hussein - As Told by the Soldier Who Masterminded His Capture est le livre qui révèle l’envers du décor de la capture de Saddam par l’homme qui a réussi où beaucoup d’autres ont échoué.
Le sergent Eric Maddox a reçu de nombreuses récompenses: l’award du directeur de la DIA (Defense Intelligence Agency), la légion du mérite, l’étoile de bronze et la médaille de la réussite de l’Intelligence Nationale (Information) pour son rôle clé dans la capture de Saddam Hussein, il est originaire d’Oklahoma et vit désormais à San Antonio au Texas, et nous l’avons au téléphone.

Bienvenue dans l’émission!

Eric Maddox: Merci Faith, merci de me recevoir!

Faith Middleton: Dites-moi pour quelle raison avez-vous été envoyé en Iraq à la base?

Eric Maddox: C’était très simple, j’ai été envoyé en tant qu’interrogateur pour donner un coup de main aux forces spéciales qui étaient chargées de capturer des cibles de grandes valeurs, notamment Saddam Hussein. En tant qu’interrogateur, notre mission est d’interroger tous prisonniers capturés qu’ils soient coupables ou innocents. Après deux jours passés à Bagdad, j’ai été envoyé à Tikrit auprès d’une unité des forces spéciales composées de douze hommes puis j’ai travaillé pour eux en tant qu’interrogateur à la solde de l’équipe.

Faith Middleton: Dans le livre, vous expliquez que les personnes qui occupaient la place avant vous se centraient particulièrement sur la famille proche de Saddam Hussein, ce qui, en soit, est logique mais vous, vous aviez une autre idée.

Eric Maddox: Eh bien, Faith, ils avaient dans l’idée que la famille proche de Saddam mais aussi n’importe quelle personne du jeu de cartes (Deck of cards) pouvaient forcément nous mener à Saddam puisqu’ils faisaient partie de l’ancien Régime. Ce que j’ai fait lorsque je suis arrivé à Tikrit, c’est de coopérer avec les petits groupes, les «petites» gens des rues qui pourraient avoir un lien avec l’insurrection qui avait lieue contre les militaires. Après avoir parlé à une centaine d’entres eux, pendant environ deux mois et demi, une nouvelle insurrection a commencé à se développer, et cette dernière semblait tourner autour de quelques gardes du corps personnels et très rapprochés de Saddam et j’ai donc pensé que si Saddam voulait organiser une telle chose, il ne se servirait que de ses gardes du corps rapprochés pour diriger l’insurrection puisqu’ils n’étaient pas vraiment recherchés… Donc, lorsque j’ai réalisé ça, j’en ai parlé à cette équipe de douze hommes avec laquelle je travaillais et je leur ai conseillé de changé de tactique, de cibles… Nous devions nous concentrer sur ces insurgés de bas niveau qui travaillaient directement dans l’insurrection puisqu’ils voyaient tout…

Faith Middleton: Parce que ces derniers étaient très loyaux envers lui et la logique tendrait à dire que s’ils l’étaient pendant son mandat ils l’étaient sans doute encore donc cela voudrait dire qu’ils étaient encore en contact avec lui pour lui venir en aide…

Eric Maddox: Exactement! Il s’agissait d’une partie de la logique… En fait, eh bien la logique était qu’il devait leur faire confiance, ces gars le protégeaient jours et nuits et il était celui qui donnait les ordres. Il y a certains gardes du corps qui étaient impliqués et lorsque nous interrogions les sous fifres, nous leur demandions toujours pour qui ils travaillaient et à chaque fois, seuls deux noms ressortaient. Alors, pour moi, l’étau se resserrait. Nous ne devions pas nous concentrer sur tous les gardes du corps mais sur deux d’entres eux. Et nous ne les recherchions pas à la base…

Faith Middleton: Vous écoutez le sergent interrogateur Maddox de l’armée américaine qui raconte pour la première fois l’histoire de la capture de Saddam Hussein dans son livre Mission: Black List. Comment avez réussi à persuader ces partisans ou leur famille à vous délivrer des informations?

Eric Maddox: Eh bien, nous avions un certain regard qui n’était pas celui des autres équipes. Il ne nous suffisait pas de commencer du plus bas niveau de l’insurrection pour ensuite remonter dans la hiérarchie des insurgés. Chacun avait un lien avec une autre personne sur la carte des personnes impliquées et peu importait qui faisait quoi, s’ils étaient partisans ou famille de partisans, et nous nous sommes servis de ça lorsque nous les interrogions. Nous leur expliquions que nous étions au courant que leur famille était impliquée (cousins, frères…) et donc que ces derniers étaient en danger à cause de leur implication… En réalité, nous travaillions sur les réseaux familiaux entiers afin de leur montrer qu’il était plus judicieux de parler pour le bien de leur famille, nous nous servions de cet avantage là.

Faith Middleton: Mais pourquoi vous aidaient-ils alors qu’ils pouvaient juste dire «non» ?

Eric Maddox: C’est assez simple, je suis en train de parler à un individu qui a été acteur dans l’insurrection et je lui demande de me mener à un autre membre de son groupe. Je lui explique qu’il peut me mener lui-même au prochain membre de son groupe ou alors je peux aller chercher cette information chez son frère, son père, son cousin «parce qu’ils savent tous ce que tu fais. Peut-être même que ton cousin t’a donné un peu d’argent pour financer tes activités… Alors, mène-moi à eux où je peux traquer ces gens, ta famille, et ils vont me mener où j’ai envie qu’ils me mènent.» Et il sait que c’est la vérité, qu’ils ont des informations qui peuvent nous faire accéder à la prochaine étape. C’était très simple, soit ils nous menaient là où nous voulions, soit, étant donné que j’étais à Tikrit et leur famille aussi, nous allions directement les voir… Et je pouvais «aller à la fenêtre» (littéralement: regarder au dessus de la barrière), pointer du doigt à deux blocs de là et dire «tiens, c’est ton cousin là bas, je pourrais aller lui demander maintenant, j’en aurais pour cinq minutes… Ou alors tu me dirige vers la prochaine étape. A toi de choisir.»

Faith Middleton: Hum. Et à combien de ces familles avez-vous parlé ? Qui étaient d’accord pour coopérer ?

Eric Maddox: Je dirais que pendant mes 5/6 mois sur place, j’ai effectué environ 300 interrogatoires et il y a eu à peu près 15 pistes solides… Les interrogatoires pouvaient durer de 2 heures à 20 heures et on ne pouvait pas savoir lorsqu’une information solide pouvait tomber. Il était possible d’avoir quelques renseignements qui pourraient nous aider pour passer à l’étape suivante mais il fallait vraiment vraiment creuser pour avoir une bonne information. Et en 5 mois, 12 de ces informations se sont avérées bénéfiques…

Faith Middleton: 5 mois, c’est très long… Et pendant la première partie de cette mission, ces deux mois et demie, vous avez interrogé des prisonniers dont les informations étaient ou non importantes, c’est ce qu’est l’art des interrogatoires, avez-vous eu du mal à convaincre vos supérieurs de vous laisser continuer sur cette piste ?

Eric Maddox: Pour plusieurs raisons, j’ai du le faire Faith. D’abord, notre équipe de forces spéciales n’utilisaient pas les informations récoltées en interrogatoire pour les raids. Les informations nous servaient juste en phase stratégique, il s’agissait d’une illustration. Alors, lorsque j’étais là bas, j’ai essayé de guider l’équipe vers des insurgés dont les gens que nous avions capturés me parlaient en interrogatoire. C’était l’une des difficultés. Et l’autre difficulté était qu’ils comprenaient la possibilité que 80% de ce que me disait un prisonnier pouvait être un mensonge ou une vérité arrangée. Et il fallait que je convainque le commandant que j’étais capable de dire quels étaient les 20% qui ne mentaient pas, ceux à qui nous pouvions faire confiance et agir en conséquence. Il faut aussi comprendre qu’il est difficile pour le chef d’une équipe de faire confiance à un insurgé que nous avons capturé et c’est aussi difficile de me faire confiance parce-que «pourquoi te faire confiance Eric sur ces 20% de vérités alors que 80% sont des mensonges…».

Faith Middleton: Comment pouviez-vous savoir quelle partie des informations était vraie ?

Eric Maddox: Dans leur façon de raconter leur mensonge et le «timing» de ces mensonges. Par exemple, si je faisais un interrogatoire de 15 heures, j’essayais de leur faire raconter l’histoire petit bout par petit bout pour pouvoir la reconstituer et voir s’ils me menaient en bateau ou s’ils exagéraient certains détails et à la fin, après des heures et des heures d’interrogations, je pouvais déterminer si le prisonnier allait continuer à mentir sur la localisation de son frère, de son père ou de son fils mais petit à petit il s’ouvre pour me donner des informations sur d’autres individus. Et c’est alors qu’on essaye de faire jouer les compromis, qu’il ne savait pas que je n’avais pas le droit de faire. Il faut se concentrer sur des sujets où ils laisseront filtrer certaines informations et ensuite on peut comparer ce qu’il révèle avec l’histoire et les mensonges qu’il a pu dire. C’est à partir de la qu’on peut définir les informations vraies des fausses, on fait une sorte de jugement.

Faith Middleton: Quand ces mensonges sont dits, comme vous l’avez précisé 80% du temps, est-ce que vous en êtes tous les conscients et c’est une sorte de jeu ou… ?

Eric Maddox: Ce n’est pas un jeu que nous faisons. Puisque vous leur dites qu’ils mentent. Ce n’est pas un jeu. On sait tous les deux qu’il ment, et nous l’acceptons mais la plus dure des choses est, surtout chez les hommes Iraquiens, qu’il faut accepter qu’ils mentent. Et je ne vais pas les faire admettre leur mensonge mais je les autorise à me dire «je me suis trompé» ou encore «j’ai rêvé de ça hier soir, Eric je sais que je ne l’ai pas vraiment vu mais hier soir j’ai rêvé de cette localisation précise» et les gens pensent que je suis fou «comment peux-tu faire confiance à un rêve ?!», je ne fais pas confiance au rêve, mais je dois faire ressortir cette vérité. Et ils comprennent ce jeu, ils comprennent les règles du jeu donc il faut faire jouer son meilleur jugement.

Faith Middleton: Donc, l’idée n’est pas de les blâmer, de les rendre honteux…

Eric Maddox: Le but n’est pas de les punir…

Faith Middleton: Non, bien sûr mais je voulais dire que le but n’est pas de les faire se replier sur eux-mêmes ?

Eric Maddox: Oh, la pire chose que vous puissiez faire est de les appeler «menteurs», ils savent qu’on se rend compte de leur mensonges mais ils ne doivent pas l’admettre. Ils peuvent dire qu’ils se sont trompés ou qu’ils étaient effrayés ou qu’ils sont confus «je n’ai pas compris le sens de ta question, Eric». C’est comme cela qu’ils peuvent me parler, pas en les accablant de honte.

Faith Middleton: C’est tellement intéressant. Nous allons vous garder, nous allons faire une petite pause et reprendre cette conversation car j’ai tellement de choses à vous demander sur le sujet.
Nous sommes avec Eric Maddox, auteur de Mission: Black List #1 qui traite de la capture de Saddam Hussein et nous allons revenir dans environ 90 secondes, restez avec nous.
C’est Faith Middleton, merci infiniment d’écouter cette conversation plus qu’intéressante avec le sergent Eric Maddox qui a été entraîné à l’art des interrogatoires et qui faisait partie de cette équipe d’élite envoyée à Tikrit pour rechercher Saddam Hussein. Les professionnels sur place, en Iraq n’aimaient pas vraiment cet endroit, ils ne voulaient pas vraiment y aller puisque selon eux rien ne se passait vraiment à Tikrit. Ce livre raconte donc l’histoire (inconnue du grand public) de la capture de Saddam Hussein. Et, si vous rejoignez l’émission seulement maintenant, nous étions en train de nous concentrer sur l’art de mener un interrogatoire.

Lorsque vous interrogiez une de ces personnes et que vous leur mettiez la pression afin qu’ils parlent en les informant que si vous n’aviez pas de réponses vous alliez parler à leur famille, comment les approchiez-vous au début ? Était-ce difficile de frapper à leur porte en leur disant «mon équipe et moi voulons vous parler» ou est-ce que vous rentriez en dégainant les armes? Comment cela se passe-t-il?

Eric Maddox: Lorsque nous avions une information sur un individu, nous partions pour le raid et nous prenions avec nous toutes personnes susceptibles de nous être utiles en plus des individus que nous voulions: deux frères, un père. Peu importe qui était là. C’est la chose que j’essaye d’enseigner lorsque je tiens mon cours sur l’art d’interroger, on ne part pas pour un raid pour «prendre» une seule personne, il faut aussi penser aux membres de la famille et aux très proches personnes qui sont susceptibles de nous aider car elles ne font pas partie de l’insurrection et donc il y a une chance pour qu’elles n’haïssent pas vraiment les forces américaines. Mais, dans une maison où nous effectuons un raid, il y a quelques fois 6 à 8 personnes dont nous aurions besoin et par la suite je les interrogeais tous.

Faith Middleton: Il y a une partie que je n’ai jamais comprise… Pourquoi ces gens, je ne sais pas combien ils étaient, mais pourquoi étaient-ils si loyaux envers Saddam Hussein alors que nous avions entendu tant de choses monstrueuses à son sujet? Quelle était cette emprise qu’il avait sur les gens?

Eric Maddox: En partie, il s’agissait de la pression qu’il mettait aux gens. La plupart des gens étaient des relations plus ou moins proches de Saddam (famille, cousin très éloignés) depuis des générations. Et Tikrit était son lieu de naissance, il avait donc des connexions et il en jouait puisque les gens avaient besoin d’un emploi et grâce à lui ils avaient d’assez bonnes situations. Et d’un autre côté, il y avait le fait que la guerre avait déjà frappé et qu’une minorité de personnes à Tikrit était Chiite… Saddam était Sunnite. Et tous se proches le sont également. Dans ce cas présent, il y avait plusieurs «poches» (petits groupes) de Sunnites qui réussissait à suivre et qui étaient susceptibles d’obtenir le leadership du pays, or s’ils accédaient à ce leadership, le régime de Saddam continuait…

Faith Middleton: Mais pour nous qui restons à la maison, nous nous demandons comment ces gens peuvent-ils toujours être loyaux alors qu’il a été renversé en même temps que son régime et qu’on ne sait même pas où il est… Pourquoi sont-ils toujours si loyaux?

Eric Maddox: C’est ce que les gens ne réalisent pas vraiment. Saddam dirigeait cette insurrection et les insurgés dans tout le pays jusqu’au jour de sa capture. En effet, l’homme que nous avons capturé et qui nous a enfin dit «oui je vous mènerais à Saddam», il était l’un des dirigeants de l’insurrection personnelle de Saddam dans tout le pays. Il n’était peut être plus le chef du gouvernement, mais des millions et des millions de dollars auxquels ils pouvaient accéder et il dirigeait cette insurrection.

Faith Middleton: Oui, expliquez-nous comment il a pu la diriger. C’est assez difficile d’imaginer quelqu’un qui se cache, notamment de la manière dont il se cachait, de diriger une telle organisation…

Eric Maddox: Eh bien, c’est encore une chose que les gens ont mal compris… Tout le monde pensait qu’il se cachait tout le temps dans ce trou à rat… Non, il ne l’était pas. Il vivait dans cette ferme qui était très bien cachée à l’est de la rivière Tigris où il y avait très peu de soldats américains. Il pouvait aller et venir autant qu’il voulait et seuls deux de ses gardes du corps connaissaient son exacte localisation. Maintenant, à partir de cet endroit, l’insurrection fleurissait grandement et il y avait environ 7 à 8 leaders de petits groupes d’insurrection qui reportaient directement leur travail à ces deux gardes alors qu’ils étaient à la tête d’une équipe de deux ou trois douzaines de personnes qui travaillaient sur le terrain. Et pendant ce temps-là, Saddam «pompe» des millions et des millions de dollars à ses partisans pour les besoins de cette insurrection alors que l’argent était dur à gagner à cette période surtout pour les Sunnites.

Faith Middleton: Comment a-t-il eu accès à cet argent?

Eric Maddox: C’est l’argent qu’il possédait lorsqu’il était au pouvoir. Il a déplacé environ 4 milliards de dollars cash et l’a placé en Syrie quand la guerre a commencé et l’argent que les gens ont vu lorsqu’il a été capturé, 750 mille dollars… Dans l’un des raids que nous avons fait six jours avant sa capture, toujours dans cette traque pour le trouver, nous sommes tombés sur 1.9 millions de dollars américains et l’individu, qui nous a mené à Saddam, avait dans sa ferme où un raid a eu lieu 3 jours après la capture de l’ancien président 11.2 millions de dollars américains chez lui. Tout cet argent qu’il a accumulé provenait de l’époque où Saddam avait le contrôle…

Faith Middleton: C’est extrêmement choquant. Nous sommes avec Eric Maddox, ancien sergent de l’armée américaine qui a mené à la capture de Saddam Hussein qu’il raconte dans son livre Mission: Black List #1. Nous avons mentionné rapidement de ce dernier interrogatoire, car vous avez parlé à tous ses amis, à tous ces gens et leur discours est à 80% faux contre 20% vrai. Vous avez fait une sorte de charte…

Eric Maddox: Un diagramme.

Faith Middleton: Un diagramme.

Eric Maddox: Qui changeait chaque jour selon les informations valables que nous récoltions et nous allions faire des raids qui apportaient ou non quelque chose. Chaque jour nous l’arrangions mais en résumé, il s’agissait d’un diagramme d’environ 60 à 70 personnes où nous faisions le lien entre les individus qui pourraient d’une manière ou d’une autre nous mener à Saddam.

Faith Middleton: Vous avez mené votre dernier interrogatoire, celui qui a le plus compté puisqu’il vous menait à l’endroit précis où se trouvait Saddam, dites-nous tout sur cet interrogatoire.

Eric Maddox: Il s’agissait de mon dernier jour en Iraq, mon dernier interrogatoire puisque ma mission prenait fin en ce 13 décembre 2003. A 8 heures du matin, je devais me trouver dans un avion en direction de Doha, j’avais fini ce pour quoi j’étais venu en Iraq. Le 12 décembre, nous pensions être extrêmement proches du but, c’est-à-dire de Saddam, mais nous n’avions rien trouvé. Le 12 décembre, nous avons effectué un raid pour capturer Muhammad Ibrahim qui était l’un des gardes du corps rapproché de Saddam et qui pourrait nous mener à son leader. Nous sommes allés dans son repaire et chez lui, nous y étions à minuit le 13 décembre et nous ne l’avons pas trouvé. Nous avons capturé 4 personnes et j’ai commencé à interroger l’un deux à 4 heures du matin et après quelques heures d’interrogatoire il m’a avoué que Muhammad Ibrahim était bien dans cette maison lors du raid. Je suis allée voir les trois autres prisonniers et effectivement nous l’avions. Et alors, à 6 heures du matin, j’ai pu (enfin) interroger Muhammad Ibrahim. J’ai pu discuter avec lui de ses options, que je l’ai recherché pendant 4 mois, que j’ai traqué plusieurs membres de sa famille. Je lui ai expliqué que s’il ne me menait pas à Saddam j’allais continuer de traquer sa famille, je connaissais l’endroit où se trouvaient au moins 20 personnes de sa famille. Je savais qui il était, il savait qui j’étais. Et à 7h45, le 13 décembre, 15 minutes avant de monter dans mon avion, il nous a dit «oui, je sais où se cache Saddam, allons-y»

Faith Middleton: Quand vous l’avez «menacé» de poursuivre les membres de sa famille, avez-vous dit «nous allons les détruire», «nous allons les emprisonner à vie ? Que lui avez-vous dit sur sa famille ?

Eric Maddox: J’espère qu’il ne l’a pas ressenti comme une menace. Je l’informais seulement de ce qui allait venir s’il ne nous aidait pas… C’est comme ce dont nous avons parlé précédemment. Je lui ai dit «Muhammad Ibrahim, si tu ne me dis rien, alors nous allons aller demander aux membres de ta famille qui ont peut être des informations à nous donner… Alors que si TU nous mène à Saddam, je n’aurais pas besoin de leur demander quoi que ce soit. Si je t’ai traqué Muhammad Ibrahim c’est parce que tu es en mesure de me mener à Saddam et dans ce cas là je n’aurais ni besoin de toi par la suite, ni de ta famille. Mais si au contraire tu ne m’aide pas, les 40 membres de ta famille que nous avons déjà resteront en prison et les 20 autres les rejoindront assez vite» et voilà ce que j’ai dit. Je ne sais pas s’il l’a pris comme une menace. Ce n’en est pas vraiment une puisqu’il s’agit d’une vérité…

Faith Middleton: En réalité, il voulait protéger sa famille. Mais en réalité, qu’est-ce que cela lui apporte personnellement? Est-ce qu’il ressort avec quelque chose de cette révélation ?

Eric Maddox: Cela ne lui apporte rien. Il restera en prison. Il n’a rien demandé. Il réalise que ses actions ont causées la mort de centaines de soldats américains et de milliers d’Iraquien. Alors il ne pouvait rien demander pour lui-même. La seule chose qu’il a demandée était la libération des 40 membres de sa famille. Il savait que s’il nous menait à Saddam alors nous laisserons les 20 autres.

Faith Middleton: Et les avez-vous relâché ?

Eric Maddox: Oui, absolument.

Faith Middleton: Bien, alors parlons de ce moment où il vous dit «je sais où il est je vais vous mener à lui» qu’avez-vous senti à ce moment-là ?

Eric Maddox: J’aurais pu être heureux à ce moment-là mais je suis resté assez statique et la seule chose à laquelle j’ai pu penser était de sortir un bout de papier et commencer à faire une carte avec la localisation de Saddam. Comme je l’ai dit, j’ai effectué plus de 300 interrogatoires pendant ces 5 mois et 12 d’entres eux ont porté leurs fruits, donc cela fait 288 qui n’ont rien apporté… On ne veut jamais penser que ça peut être ça… Il n’y a qu’une seule chose à faire, qu’une seule chose qu’on est capable de faire, c’est de dessiner comme on peut cette carte et essayer d’avoir le plus de détails possible, de garder son calme parce qu’on n’est pas encore sorti d’affaires tant que ce n’est pas fini. Alors je pense que ce que je ressentais à ce moment-là c’était plutôt le passage à l’étape suivante, ce qu’on allait faire à partir de là… Dessiner ce plan, prévenir l’équipe de Bagdad pour qu’elle puisse prévenir celle de Tikrit afin qu’ils fassent ce raid avant que je parte, j’ai essayé de contacter le commandant avec qui je devais partir pour le prévenir de mon retard…

Faith Middleton: Bien sûr. Et que s’est-il passé? Le commandant vous a-t-il permis de rester plus longtemps? Étendre la durée de votre mission ?

Eric Maddox: Le commandant et moi nous sommes repartis ensemble, c’était une personne importante, nous avons volé ensemble jusqu’à Doha et un sergent comme moi ne pouvait pas l’en empêcher… Et le vol était tendu avec ce qu’il venait de se passer et lors de notre arrivée à l’aéroport il a été appelé et dans les 15 minutes qui ont suivi il repartait déjà pour l’Iraq, sauf que je devais donner un débriefing à Doha et donc je ne pouvais pas repartir avec lui. Je devais dire aux officiels ce qu’il se passait, les avancées que nous avions faites en terme d’informations et surtout ce qu’il se passait en ce 14 décembre. Et le commandant m’a dit «j’y retourne, toi tu les informe de tout ce qu’il vient de se passer». J’étais d’accord avec ça, enfin, je n’avais pas besoin d’aller sur place, j’avais déjà travaillé avec les forces et ils n’allaient pas avoir besoin de moi pendant le raid. Ils avaient besoin de quelqu’un qui pouvait les mener à Saddam Hussein et le prisonnier avait promis de le faire alors mon boulot était fini.

Faith Middleton: Nous sommes avec Eric Maddox, ancien sergent de l’armée américaine qui a mené la capture de Saddam Hussein et qui raconte son histoire dans le livre Mission: Black List #1. Est-ce que vous pensez vraiment cela? Je veux dire, après avoir passé autant de temps là-bas, laisser une autre équipe faire le boulot… Si j’avais travaillé dur comme vous, j’aurais voulu voir de mes propres yeux ce qui allait se passer, j’aurais voulu voir son visage, l’endroit où il s’est caché… Est-ce que cela a été dur pour vous ?

Eric Maddox: On m’a posé la question, bon nombre de fois, mais ça ne me gêne pas vraiment… Enfin, je veux dire, ce n’est pas mon boulot, ce n’était pas ma mission… Qui se préoccupe que j’ai vu Saddam ou non? Il a été capturé, il va passer devant la commission, le boulot est fait, peu m’importe de le voir ou non… Je suis reconnaissant qu’il n’ait pas été relâché et qu’il soit désormais mort mais ça ne change pas que je le vois ou pas. La meilleur chose à propos de tout ça était que l’année qui a suivi j’ai été embauché pour les relations avec les civils par le département de défense tant en Iraq qu’en Afghanistan et cela prouve qu’ils me font désormais confiance dans mon boulot. Lorsque je suis arrivé pour la première fois en Iraq en juillet 2003, je n’avais aucune expérience dans l’art d’interroger, ce devait-être mon deuxième interrogatoire et encore je n’en avais jamais vraiment fait un véritable… Et un an plus tard, ils me renvoient là-bas en me donnant ce travail avec toute leur confiance. Pour moi, c’est très important...

Faith Middleton: Ce livre, pour moi, est un témoignage de ce que doit être un interrogatoire en opposition à la torture. Quel genre d’interrogatoire est-ce que vous mené désormais? Au sein des Etats-Unis ou en dehors ?

Eric Maddox: Oh! En dehors des Etats-Unis. Les missions sont plutôt en Iraq, en Afghanistan et un peu partout dans le monde en fait. Et comme je l’ai dit, avant mon arrivée en Iraq, à Tikrit avec ces douze hommes, je n’avais jamais vraiment fait d’interrogatoire et j’étais le seul interrogateur sur place… Je n’ai pu observer personne donc j’ai, on va dire, appris de mes erreurs en 300 interrogatoires et croyez-moi avec les erreurs que j’ai faites, vous apprenez vite et j’ai pu développer mon propre style d’interrogatoire, c’est-à-dire travailler avec un prisonnier. La chose première que j’ai apprise c’est à me mettre à la place de ces prisonniers. Je n’avais pas d’empathie pour eux mais je devais comprendre dans quelle situation ils se trouvaient. Alors que la torture vous ramènent dans le passé, et j’entends des gens dire que la torture peut fonctionner, par exemple je peux vous dire en tant qu’interrogateur que lorsque vous vous y prenez bien il n’y a pas besoin de torture pour le faire avouer ce que vous voulez savoir…

Faith Middleton: Est-ce que vous aimez toujours ce que vous faites ?

Eric Maddox: Je pense que j’ai le plus beau des jobs du monde. La plus belle des choses dans ce travail est [désolée mais pour le coup monsieur Maddox parle trop vite pour bien comprendre mais en gros il dit que son travail l’emmène dans des endroits pas très reluisants (les prisons) et que ça n’attire pas grand monde] je ne pense pas que j’ai beaucoup de compétition et je trouve que c’est le plus sympa des boulots au monde puisque personne n’en veut.

Faith Middleton: Est-ce que vous avez une famille ?

Eric Maddox: Oui, j’ai deux fils qui vivent à Phoenix, Arizona et bien sûr ma famille vit en Oklahoma où je suis né et où j’ai été élevé. Et je vois mes fils tous les deux mois, notamment pendant leurs vacances et l’été.

Faith Middleton: Ce doit être dur pour eux de ne pas vraiment savoir ce que vous faites et où. Je pense toujours combien cela doit être dur lorsque la famille est à la maison…

Eric Maddox: Eh bien, mes fils sont nés en 2001 et 2002. J’ai été déployé 6 fois depuis 2002, ils étaient si jeunes ils ne savaient pas trop ce qu’il se passait alors on essayait de garder cette ambiance heureuse, je leur disais que je partais mais que j’allais revenir très vite avec des souvenirs alors le plus important est qu’ils ne se rendent pas encore compte des dangers et de la réalité des choses, ce serait un vrai miracle.

Faith Middleton: Vous n’avez eu aucun problème avec l’armée lorsque vous avez publié ce livre ?

Eric Maddox: Pas vraiment. J’ai soumis au département de défense publique un script d’un peu plus de 500 pages alors que le livre n’en fait 264 mais je voulais qu’ils aient toutes les informations susceptibles d’y apparaître. Et ils ont gardé le script pendant 9 mois puis ils me l’ont rendu avec des notes et je n’ai pas voulu le publier jusqu’à ce que Saddam soit mort pour des raisons évidentes que je ne voulais pas que mon livre soit utilisé contre lui ou dans cette affaire. Et donc nous avons attendons et quand le procès a pris fin, nous avons décidé de le sortir et voilà.

Faith Middleton: Merci infiniment.

Eric Maddox: Merci à vous.

Faith Middleton: Eric Maddox, ancien sergent maintenant interrogateur en Iraq pour le département de la défense. Il a mené la capture de Saddam Hussein et nous faire part de son histoire dans le livre Mission: Black List #1…»


Voilà les Black Listers, de quoi cerner un peu le personnage d’Eric et d’en connaître un peu plus!
Bonne soirée;)

jeudi 28 juin 2012

NPR News Radio interroge Maddox

Parce que Monsieur Maddox donne des interviews à gogo depuis la sortie du livre, on remercie Phi pour ses insomnies ;)

Voici la traduction (maison comme d'habitude) de l'interview NPR News radio que vous pourrez retrouver ICI en Anglais.



Cinq ans après, comment ils ont eu Saddam Hussein

Ancien Sergent de l’armée américaine Eric Maddox parle de son rôle dans la capture de Saddam Hussein il y a cinq ans. Maddox a utilisé des méthodes non-violentes d’interrogations en resserrant l’étau autour du cercle très proche de gardes du corps de Saddam. Maddox parle avec Steve Inskeep de sa manière d’obtenir l’information sur Saddam.


STEVE INSKEEP (Présentateur): «Le gouvernement Iraquien avait déjà été retourné lorsqu’un sergent de l’armée américaine est entré dans la salle d’interrogatoires. Il a confronté un prisonnier en Iraq. L’année : 2003; c’était au mois de décembre, il y a cinq ans. Et alors que l’interrogateur retrace son histoire, il commença la conversation de cette manière.

Staff Sergent ERIC MADDOX (Retraité de l’armée américaine ; Auteur de "Mission: Black List #1: The Inside Story of the Search for Saddam Hussein - As Told by the Soldier Who Masterminded His Capture"): Mon nom est Eric Maddox. J’ai dit au prisonnier – avec qui j’étais face à face – Je vous cherchais depuis un long moment, Mohammed Ibrahim. J’ai besoin que vous m’écoutez attentivement. Vous et moi n’allons parler que d’une chose: la localisation exacte de Saddam Hussein.

INSKEEP: Ce prisonnier a mené les troupes américaines au leader Iraquien il y a cinq ans, ce weekend. Désormais, l’interrogateur, Eric Maddox, a co-écrit le livre intitulé "Mission: Black List #1." Il s’agit d’une référence à la position première de Saddam dans la liste des fugitifs recherchés. Les militaires américains recherchaient encore Saddam alors qu’Eric Maddox recevait l’ordre de partir pour le Golfe Persique.

Staff Sgt MADDOX: Lorsque je suis arrivé en Iraq l’été 2003, je n’avais aucune idée de ce dont nous étions après. Et j’ai parlé et interrogé plusieurs centaines de prisonniers, et c’est grâce à leurs renseignements que nous avons pu nous centrer sur ce cercle inconnu de gardes du corps susceptibles de me mener à Saddam – de nous mener à Saddam. A partir de là, j’ai été capable d’identifier les réseaux sociaux de la famille et des amis et des amis de comptoir et des proches éloignés.

INSKEEP: Avez-vous fini cette mission, comme ces détectives à la télévision, avec un énorme tableau, couvert de photos, de noms et de lignes connectant différentes personnes entre elles ?

Staff Sgt MADDOX: Oui. Et l’une des choses dont je suis le plus fier, dans la traque de Saddam, est que ce diagramme ne ressemblait pas aux typiques diagrammes qui ne montraient que les individus recherchés. Je ne poursuivais pas un individu pour ce qu’il avait fait; je pourchassais des personnes parce qu’elles savaient et qu’elles pouvaient m’en parler.

INSKEEP: Et votre théorie était que, quelque part, des personnes de moindre importance savaient quelque chose par rapport à la cachette de ce leader Iraquien.

Staff Sgt MADDOX: Absolument. Et cette théorie s’est concentrée autour – après avoir parlé à des centaines de détenus, les deux noms qui ressortaient étaient ceux de Mohammed Ibrahim et de son frère, Sowan Ibrahim. J’ai juste bondit sur l’opportunité que ces deux personnes pouvaient être en contact direct avec Saddam tout en dirigeant l’insurrection.

INSKEEP: Certaines personnes ont dû coopérer immédiatement avec vous tandis que d’autres doivent avoir été plus compliquées, ce qui me fait me demander si, à un moment donné, vous avez eu envie de vraiment frapper le gars en face de vous.

Staff Sgt MADDOX: Il y a ... L’intensité est toujours palpable dans ce genre d’interrogatoire. Et vous avez absolument raison. Quelques fois, les gens parlent rapidement; d’autres fois ils ne parlent pas du tout. Mais si je voulais faire coopérer un individu, cela ne me bénéficiait pas d’être menaçant ou brutal, parce qu’il devait me faire confiance. Il doit me faire confiance, et pour nous de construire ça, on ne peut pas le faire en les martyrisant. On ne le fait pas en les mettant sous la contrainte. On ne le fait pas avec des menaces. C’est absolument contre-productif.

INSKEEP: Vous décrivez cela comme une sorte de négociation.

Staff Sgt MADDOX: C’est une négociation. J’ai du établir des situations pour que cela devienne des négociations. Ce que j’essaye d’établir est une situation qui pourrait profiter au mieux au prisonnier, ce qui se traduisait par une non-détention, une possible libération, et un accord qui spécifiait que nous n’avions plus besoin d’eux pour trouver l’un des membres du réseau, qu’il s’agisse d’un chauffeur ou d’un frère ou d’un autre individu qui serait lié à une sorte de mafia de l’insurrection, ou d’une situation indéterminée, d’une longue détention.

INSKEEP: Je voulais vous demander une dernière chose concernant les négociations avec ce prisonnier Mohammed Ibrahim. Vous avez écrit qu’il avait dit, «je veux une protection pour tous les membres de ma famille et ils sont environ 40», 40 personnes dont vous aviez à vous soucier. Et vous avez dit, «marché conclu», même si vous saviez qu’il n’y aurait aucun moyen que l’armée américaine autorise une protection rapprochée de 40 personnes.

Staff Sgt MADDOX: C’est correct.

INSKEEP: Savez-vous ce qu’il est arrivé à ces quarante personnes?

Staff Sgt MADDOX: Je ne sais pas ce qu’il leur ait arrivé. Je sais que quelques jours après que Saddam soit capturé, des millions de dollars ont été trouvés dans l’une des fermes de Mohammed Ibrahim. Lorsqu’on trouve ce type d’argent, le deal est considéré comme nul.

INSKEEP: Et Mohammed Ibrahim, que lui est-il arrivé?

Staff Sgt MADDOX: Mohammed Ibrahim, d’aussi loin que je puisse savoir, est toujours en prison. Je ne me renseigne pas sur son statut. Une fois que nous avons eu Saddam, ma mission était accomplie et j’ai commencé une nouvelle mission, de nouveaux individus que j’avais à «abattre».

INSKEEP: Il s’agit d’Eric Maddox, qui a servi en Iraq en tant que soldat américain interrogateur. Il a co-écrit "Mission: Black List #1."

(gingle)

INSKEEP: Vous écoutez l’émission du matin sur NPR News.»


Photo: Source
-si vous reprenez totalement ou/et partiellement ces propos merci de nous créditer avec lien, MERCI-

lundi 25 juin 2012

A la recherche de Saddam Hussein

Les introuvables frères Musslit étaient le chaînon manquant qui devait mener les enquêteurs à l'antre du dictateur. (3/5)

(Photo: Arrestation à Tikrit en octobre 2003.)
"Le sergent-chef Eric Maddox ne voulait pas d' Izzat Ibrahim al-Douri dans son organigramme. Chargé des interrogatoires dans le cadre des opérations spéciales à Tikrit, Maddox avait élaboré des graphiques semblables à ceux de l'équipe des renseignements du colonel Jim Hickey, et leur ajoutait des noms à chaque information fournie par les prisonniers. Certes, al-Douri, confident roux de Saddam considéré par beaucoup comme son bras droit - le roi de trèfles dans le jeu de carte de l'armée - était activement recherché, mais Maddox estimait qu'il avait dû quitter son patron depuis un bail.

Pour Maddox comme pour les hommes de Hickey, le chemin menant à Saddam passait par la capture de personnages bien moins connus, à Tikrit et aux environs. Un seul problème: le haut commandement - les patrons des patrons de Maddox - ne l'entendaient pas de cette oreille, et exigeaient que des personnalités éminentes comme Al-Douri soient représentées dans l'organigramme des hommes à capturer. Pour éviter les problèmes, Maddox en fit deux versions: celle à partir de laquelle lui et les analystes travaillaient, et celle qu'ils affichaient ostensiblement dès que quelqu'un d'important pointait le bout de son nez.

Maddox ne manquait pas de noms pour remplir ses graphiques. Lorsqu'il avait rejoint le groupe d'opérations spéciales en juillet, un interprète lui avait montré une longue liste de tous les anciens gardes du corps de Saddam et de leurs familles vivant dans la région. Parmi eux, figuraient 40 Musslit. Maddox en tira deux conclusions: d'abord que les Musslit étaient une famille influente dans la région, et ensuite que Saddam Hussein avait beaucoup de gardes du corps.

Au fil des interrogatoires, Maddox découvrit une chose curieuse. Alors que certains gardes du corps étaient clairement engagés dans l'insurrection, d'autres semblaient avoir quasiment pris leur retraite. (Maddox apprit qu'un ancien garde du corps au grade très élevé était tranquillement resté chez lui, au vu et au su de tous, depuis le début de la guerre). Il lui fallait à présent déterminer lesquels, de tous les anciens protecteurs de Saddam, étaient encore en contact avec lui - et pour cela, étudier les rôles d'avant-guerre de chacun n'était pas d'une grande utilité. Comme l'écrit Maddox dans son mémoire de cette époque, Mission: Black List #1, « l'Irak était un lieu complètement différent de ce qu'il avait été avant la guerre».

Centralité intermédiaire

Au cours de la traque de Saddam, Maddox et ses homologues durent prendre une foule de décisions subjectives pour déterminer qui -parmi tous ces gardes du corps, et tous ces Musslit- revêtaient la plus grande importance. L'intuition du lieutenant colonel Steve Russell lui dictait que les frères Rudman et Mohammad al-Musslit étaient de ceux-là, au vu de leurs riches propriétés à Tikrit, des photos où ils figuraient aux côtés de Saddam et des rapports de renseignements où leurs noms ne cessaient d'apparaître. L'analyse, plus tard, du major Brian Reed, qui allait écrire son mémoire sur cet organigramme, montra que la théorie du réseau confirmait l'intuition de Russell.

L'une des façons pour mesurer l'importance d'une personne dans un réseau social consiste à étudier sa «centralité intermédiaire». Cette mesure est élevée si la personne est un connecteur - c'est-à-dire, si elle est susceptible de se trouver sur le plus court chemin entre deux autres nœuds, contribuant ainsi à former la connexion entre eux. Un individu n'a pas besoin d'être directement relié à de nombreux nœuds pour avoir une grande centralité intermédiaire; il suffit qu'il relie deux groupes sociaux, de façon qu'un chemin allant de l'un à l'autre devra nécessairement passer par lui.

Dans un réseau de mes collègues et de mes amis de fac, par exemple, ma centralité intermédiaire est au plus haut, puisque c'est moi qui comble le fossé entre deux groupes qui n'ont rien d'autre en commun. Des connexions fortuites peuvent aussi déboucher sur de hautes valeurs de centralité intermédiaire. Pensez à toutes les connexions inattendues que vous avez vues sur Facebook. Un exemple: un de mes collègues est allé au lycée avec un de mes amis d'université. Cela leur octroie à chacun de hauts niveaux de centralité intermédiaire à l'intérieur de mon réseau - même sans moi, mes collègues pourraient remonter jusqu'à mes compagnons de fac grâce à ce lien.

Le cœur du réseau de Saddam est représenté ci-dessous. Je l'ai élaborée à partir du mémoire de Reed, de comptes-rendus publics et d'entretiens avec les militaires sur le terrain en Irak. Il apparaît clairement que Mohammad al-Musslit est le lien vital entre Saddam et l'intégralité du clan Musslit. Rudman obtient aussi un score élevé car c'est le chef des opérations de l'insurrection.

Les calculs derrière chaque note impliquent des opérations mathématiques relativement compliquées, mais la raison de l'importance des deux frères est claire: Rudman et Mohammad sont situés exactement entre Saddam et le reste de la famille Musslit. Et, ce qui ajoute à leur importance, les deux frères sont aussi le lien entre Saddam - via un mariage dans la famille Musslit - et un autre clan au rôle majeur dans l'insurrection. (Le diagramme établi par Reed et le major Stan Murphy, des renseignements, figure dans le mémoire de Reed sous une forme très élaborée. J'ai pu y identifier Rudman et Mohammad en me basant sur les comptes-rendus et les déductions grâce aux nœuds voisins. En revanche, je n'ai pas su identifier la deuxième famille à laquelle les frères Musslit étaient reliés).

Faire le tri dans les Musslit

Curieusement, l'un des hommes du diagramme de Reed à la centralité intermédiaire élevée était mort depuis vingt ans quand la 4ème division d'infanterie est arrivée à Tikrit. Son importance restait cependant primordiale pour le réseau car il formait l'un des rares liens entre les Musslit et le deuxième clan mentionné plus haut, également actif dans l'insurrection.

Rudman et Mohammad, en revanche, étaient tout ce qu'il a de plus vivants. Le réseau et son instinct disaient la même chose à Maddox: ces types-là le conduiraient à Saddam Hussein. Mais l'instinct seul, même étayé par un organigramme, ne constitue pas une base assez solide pour organiser un raid et mettre en danger la vie de soldats américains.

Maddox devait gagner la confiance des commandants des opérations spéciales en avançant les preuves que ses organigrammes reflétaient des réalités sur le champ de bataille. Maddox commit sa part d'erreurs — en préconisant des raids qui ne donnèrent rien du tout, et en s'opposant à d'autres qui s'avèreraient fructueux. Mais à mesure que les interrogatoires continuaient de confirmer ce que le réseau avait laissé entendre - qui était important, et qui ne l'était pas - le commandant et l'analyste de l'équipe acceptèrent de prendre le risque de se fier davantage au réseau. Maddox finit par faire partie de l'équipe qui organisait et exécutait les raids, rôle inhabituel pour un interrogateur.

A Tikrit, Maddox passait un temps fou à faire le tri dans des dizaines de Musslit pour tenter de se frayer un chemin jusqu'à Rudman et Mohammad. Les Musslit n'étaient pas seulement des fidèles de Saddam. Si les hommes de Tikrit s'appelaient mutuellement Ibn 'Amm ou 'Amm- cousin ou oncle, selon la différence d'âge - la famille Musslit était réellement liée à Saddam du côté maternel. Selon un arbre généalogique élaboré à la main par l'expert de l'Irak Amatzia Baram, le clan Musslit partageait avec Saddam un arrière-grand-père - le Musslit originel. Parmi les enfants de cet ancêtre commun figuraient le grand-père maternel de Saddam, Talfah, et un homme appelé Omar, grand-père des Musslit qui organisaient l'insurrection.

Se contenter de traquer les Musslit n'allait pourtant pas mener à ceux qui étaient les plus proches de Saddam. Pour reconstituer une image détaillée de l'insurrection, Maddox et ses collègues devaient aussi remplir les cases correspondant aux figurants. Outre les cinq principales familles qui semblaient orchestrer les opérations, le lieutenant colonel Steve Russell et ses hommes se lancèrent sur la trace d'un réseau de familles de deuxième niveau, plus directement impliquées dans les combats des rues. Chaque raid rapportait son lot de renseignements. Le capitaine Timothy Morrow, officier des renseignements de Russell, se souvient avoir confisqué des représentations élaborées de l'arbre généalogique de Saddam - dont l'un comportait «Adam et Eve» tout en bas - qui s'avérèrent essentielles pour compléter les organigrammes. Comme me le dit Russel lors de ma visite dans l'Oklahoma:

Il y avait en fait deux familles qui ne figuraient pas dans le réseau des cinq grandes, mais qui nous sont apparues comme très importantes. C'était ceux qui organisaient la plus grande résistance contre nous. C'était les gars qui planifiaient l'explosion de bombes sophistiquées au bord des routes, contrairement à ce que nous avions dû affronter avant... Nous les avions combattus dans les rues pendant l'été. Nous connaissions leurs noms. Ce n'est que quand on a commencé à en attraper un certain nombre et qu'on a pu relier les points entre eux qu'on a compris, “La vache, regardez-le papa de ce groupe-là est marié à la demi-sœur de Saddam”. On a réalisé: “Ces types sont vraiment liés entre eux”.

Le 22 juillet, les fils psychopathes de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, furent abattus par l'armée américaine à Mossoul (ils avaient tué l'un des chiens renifleurs de bombes de l'armée, provoquant des représailles explosives). Leur mort permit à Maddox de se concentrer davantage sur des insurgés aux noms moins connus.

Mohammad et Rudman restaient les cibles prioritaires, mais les analystes esquissèrent une image plus complète du reste du clan. Ses membres semblaient obéir à une division du travail: certains cuisinaient, d'autres livraient la nourriture (peut-être à Saddam), d'autres encore organisaient l'insurrection. Le but était de remonter le réseau des Musslit - du cuisinier au plus haut membre de l'état-major, et à partir de tous ces cousins de la base, remonter à Mohammad et Rudman, au sommet.

Les précieuses erreurs des prisonniers

Dans les jours qui suivirent la mort d'Oudaï et de Qoussaï, Steve Russell et ses soldats firent pour la troisième fois une descente sur la ferme de Faris Yasin Omar al-Musslit. Ils ne parvinrent pas à pincer Faris, mais cette opération leur permit de découvrir des photos qui les aidèrent à identifier une nouvelle fournée de gardes du corps de haut rang. Peu de temps après, un bataillon sous le commandement de Hickey utilisa ces tous nouveaux renseignements pour attraper Nazhan Ibrahim Omar Al-Musslit, l'un des frères de Rudman et Mohammad. Le cœur de la famille Musslit se rapprochait.

En rassemblant les éléments du puzzle pour reconstituer ce réseau, Maddox raconte qu'il obtenait parfois directement des prisonniers tout ce qu'il voulait savoir. «Ils ne veulent rien dire de l'insurrection» expliqua-t-il. «Mais ils vous disent qui est copain avec qui». Convaincus qu'ils détournaient l'attention des interrogateurs, les petits chefs conduisaient Maddox plus près de sa cible. Ces prisonniers commettaient en quelque sorte la même erreur que l'armée américaine au début de la guerre en Irak. Des renseignements institutionnels sur l'insurrection n'auraient pas aidé les soldats de la coalition à trouver la cachette de Saddam Hussein. Les renseignements sociaux fournis par ces Musslit de peu d'importance étaient bien plus précieux. Maddox voulait les noms des amis de Saddam, pas ceux de ses anciens collègues.

Le 3 août, les soldats de Russell firent une descente dans un complexe de fermes élaboré, propriété de la famille Musslit. Cette fois encore, ils ne trouvèrent aucune de leurs cibles, mais ils récupérèrent de nouvelles photos de famille et une source bien vivante, particulièrement précieuse: Omar Al-Musslit lui-même, le grand-père de la plupart des Musslit fauteurs de troubles. Russell souligne avec ironie que le numéro de carte d'identité nationale d'Omar était le 666 - symbole approprié pour celui qui engendra tant d'hommes de main de Saddam. Dans la semaine qui suivit, le 1er bataillon du 22ème régiment d'infanterie continua de capturer des membres des cinq familles. Et, lors d'un nouveau raid dans la ferme personnelle de Rudman, le gardien leur asséna qu'ils venaient de rater Rudman et Mohammad de moins de 24 heures."


A la recherche de Saddam (4/5)

(Photo: Saddam Hussein filmé après sa capture, le 14 décembre 2003)
"Le Gros", garde du corps fidèle de Saddam, était le seul à pouvoir conduire les enquêteurs au repaire du dictateur déchu.

"L'infernal été irakien touchait à sa fin. Rudman Ibrahim Omar al-Musslit et son frère Mohammad étaient incroyablement difficiles à localiser. Pour Eric Maddox, chargé des interrogatoires pour les forces d'opérations spéciales de Tikrit, la première avancée notable de l'automne fut la capture d'Ahmed Yasin Omar al-Musslit. L'un des plus jeunes représentants d'une longue lignée de cousins Musslit, Ahmed n'était pas personnellement suspecté d'activités insurrectionnelles majeures. Mais Nasir et Faris, deux de ses frères, si.

Maddox mit six heures à faire parler Ahmed de sa famille. Celui-ci jura n'avoir pas vu Rudman depuis des mois, mais il avait vu Mohammad. Et contrairement à ce que la plupart des analystes américains avaient cru, Ahmed prétendait que c'était Mohammad, pas Rudman, qui recevait les ordres directement de Saddam.

Maddox était sous pression; il fallait absolument que cette histoire de réseau donne des résultats. Une nouvelle équipe de forces spéciales était arrivée en octobre, ce qui signifiait de nouveaux patrons pour les deux mois de mission qui lui restaient. Il s'était alors familiarisé à un tel point avec les acteurs de l'insurrection que les rebelles eux-mêmes lui avaient trouvé un surnom: «l'homme à la chemise bleue». (Maddox n'avait pas apporté de garde-robe très élaborée à Tikrit, il portait tous les jours la même chemise en oxford bleu).

La plus grosse prise de l'automne a duré 24h

Le commandant de l'équipe de remplacement, que tout le monde surnommait «Bam Bam» était aussi intelligent que cynique. Maddox allait devoir perdre du temps à faire la conquête d'un chef qui ne voyait pas nettement l'intérêt de traquer des gens sans rôle connu dans l'insurrection, sous prétexte qu'ils étaient le cousin de quelqu'un.

Enfin, le 8 novembre, Maddox put montrer le résultat de son travail. Ce même jour, un bataillon de la 4e division d'infanterie captura Faris Yasin, frère du jeune Ahmed Yasin, et les opérations spéciales s'emparèrent de Rudman Ibrahim en personne. Rudman fut transporté en avion à Bagdad contre la volonté de l'équipe des opérations spéciales, qui voulaient l'interroger sur le champ. C'était la plus grosse prise de l'automne.

Or, moins de 24 heures après sa capture, Rudman mourait d'un infarctus. «Nous étions furieux qu'il nous claque entre les doigts», se rappelle le lieutenant colonel Steve Russell, commandant du 1er bataillon, 22ème régiment d'infanterie. «Vous imaginez un peu: il savait où était Saddam!»

Mais à quelque chose malheur est bon. Après la mort de Rudman, l'insurrection continua ses opérations sans baisse d'efficacité apparente. Ce qui prouvait qu'Ahmed avait dit la vérité: Rudman Ibrahim Omar al-Musslit n'était pas le cerveau de l'organisation-c'était son frère Mohammad qui tirait les ficelles depuis le début. «Nous pensions, jusqu'à la capture de Rudman, que Mohammad était peut-être le chef de la sécurité ou quelque chose comme ça, alors qu'en réalité, c'était lui qui dirigeait les opérations» explique Russell. «C'était lui, l'homme qui maintenait la cohérence de l'ensemble».

Du jour au lendemain, l'attention de tous se focalisa sur Mohammad. Son identité à l'époque était encore un secret bien gardé, et il devint connu de ceux qui le traquaient sous le nom de «Fat Man», le Gros. La chasse était ouverte, et les chasseurs étaient plus que jamais convaincus que s'ils trouvaient le Gros, ils ne seraient plus très loin de Saddam Hussein.

Des réseaux sociaux prédictifs

Ma première rencontre avec Eric Maddox eut lieu par une pluvieuse matinée de novembre, dans un restaurant mexicain d'Alexandria, Virginie. Il partait le lendemain à l'étranger pour une nouvelle mission d'interrogatoires, pour la énième fois. C'est un homme du genre bulldog, d'environ 1,75m, à la poignée de main ferme et dont le visage sérieux cache un vrai sens de l'humour. Parlez-lui de réseaux sociaux, et il s'enflamme.

Si les organigrammes représentant les réseaux sociaux sont si importants pour la contre-insurrection, explique Maddox, c'est parce qu'ils aident à prédire ce qui se passe quand quelqu'un comme Rudman Ibrahim Omar al-Musslit se fait tuer ou capturer. En étudiant les relations entre les cibles potentielles, il est possible de deviner comment le réseau va se modifier - et surtout, qui va monter en grade - quand quelqu'un est éliminé. «Quand vous connaissez tous les liens entre les personnes», conclut Maddox-les mariages, les liens de parenté, qui boit avec qui-«alors les modifications du réseau n'ont plus rien d'irrationnel.»

Pour illustrer son propos, Maddox emprunta mon bloc et esquissa le réseau d'une fausse insurrection. Son graphique comportait une vingtaine de personnes, avec une cible de grande valeur au sommet. (Maddox soulignait énergiquement ses propos en traçant des lignes avec son stylo, et le réseau finit par ressembler à l'explosion d'une cartouche d'encre. Voici la reconstitution de son dessin).

La clé du scénario de Maddox est que l'un des hommes proches du sommet (le n°4) a un neveu (le n°16) qui ne joue qu'un petit rôle dans l'insurrection. Capturer et interroger ce neveu peut vous mener à l'homme haut placé, dont on ne connaît pas la cachette. La ruse, explique Maddox, consiste à trouver quelqu'un dans le réseau dont la fonction, s'il était éliminé, reviendrait au neveu.

De l'ombre à l'oncle

Même si ce dernier n'est pas terriblement important ou expérimenté, le plus crucial est de bien comprendre que, particulièrement en Irak, le lien familial prime toute autre relation. Si un poste important devient subitement vacant, il y a de grandes chances pour que l'homme situé au sommet de la hiérarchie y nomme son neveu. Une fois celui-ci sorti de l'ombre, vous pouvez l'interroger et remonter jusqu'à l'oncle.
Quand Rudman disparut du réseau, l'hypothèse de Maddox se réalisa. Pour combler cette immense lacune, d'autres membres du clan Musslit et leurs associés durent passer à l'action - ce qui les rendit plus visibles et donc, plus faciles à capturer. Le 4 décembre, la 4ème division d'infanterie rattrapa Burhan Ibrahim Omar al-Musslit, soupçonné de coordonner les finances de l'insurrection. Quelques jours plus tard, un jeune homme qui servait d'informateur au colonel Jim Hickey conduisit les Américains à un membre de la famille qui avait aidé Saddam lorsqu'il avait fui le pays en 1959.

Entre-temps, le fils de Rudman Ibrahim Omar al-Musslit avait commencé à parler. Surnommé «Baby Rudman», ce jeune homme de 18 ans avait été pris avec son père et envoyé à Bagdad. Après la mort de son père, Baby Rudman fut renvoyé à Tikrit pour y être interrogé. Questionné par Maddox, il donna les noms de deux alliés de Mohammad Ibrahim Omar al-Musslit: un partenaire d'affaires appelé Abu Drees, et Basim Latif, le chauffeur de Mohammed.

«Un putain d'organigramme»

Mais faire capturer deux personnes sous prétexte qu'elles étaient censées être des amis d'un ami de Saddam était loin d'être gagné. Comme Maddox le rapporte dans son mémoire, «Kelly», l'analyste de l'équipe — les membres des opérations spéciales, dont certaines missions sont tenues secrètes, ne sont pas identifiés par leurs noms entiers — ne mâcha pas ses mots:

Ecoutez: vous continuez à descendre dans ce putain d'organigramme, et ça ne mène jamais nulle part. On est censés remonter la filière. Tout ce que vous faites c'est ajouter des noms tout en bas de la liste. Par chance, la 4ème division d'infanterie avait déjà localisé Basim, le chauffeur. Pour Maddox, mettre la pression sur Basim comportait une certaine dose de risque: il était le cousin d'un responsable de la sécurité de haut rang à Tikrit, avec qui l'armée américaine avait besoin d'être en bons termes. Après un premier interrogatoire infructueux, Maddox l'interrogea à nouveau, dans les bureaux du maire de Tikrit, en présence d'une grande partie de l'équipe des opérations spéciales. Devant l'obstination du chauffeur à garder le silence, ces dernières le firent prisonnier.

A ce moment précis, «Bam Bam», le commandant des forces spéciales, mettait sa carrière en danger. L'arrestation de Basim tendait les relations américaines avec les dirigeants de Tikrit, sans aucun bénéfice immédiat. Mais aussi insignifiant qu'il paraisse, Basim n'était qu'à deux personnes de Saddam. Et c'était la meilleure carte du jeu de Maddox.

Cela s'avéra l'une des plus importantes décisions de l'équipe. «Il est à l'origine de tout», justifia Maddox lors de notre rencontre, presque exactement six années plus tard. Après son arrestation, Basim opéra une volte-face totale et décida que son intérêt était de parler. Il se consacra corps et âme à aider les Américains à localiser Mohammad Ibrahim, désigné à l'époque par le nom de code «le Gros». S'ils mettaient la main sur lui, ils n'auraient plus qu'à prier pour qu'il soit resté en contact avec celui qu'ils recherchaient vraiment.

A deux heures de la fin de mission

Pendant des jours, les Américains ne furent qu'à un cheveu du Gros. Ils commencèrent par une descente dans une maison de location de la ville voisine de Samarra, où ils ratèrent leur cible mais capturèrent son fils de 18 ans, Musslit al-Musslit. Une cachette recelant 1,9 million de dollars en billets de 100 leur laissa penser qu'ils étaient sur le bon chemin. Musslit ne tarda pas à céder à l'interrogatoire et indiqua à Maddox une écloserie où son père et un ami allaient régulièrement pêcher. L'équipe des opérations spéciales fit deux descentes dans le centre de pisciculture, mais une fois de plus, le Gros leur glissa entre les doigts. En revanche, ils capturèrent deux pêcheurs nerveux à la place.

Le temps imparti à Maddox arrivait à son terme; sa mission était sur le point de se terminer. Le 8 décembre, il retourna à l'aéroport international de Bagdad accompagné de quelques prisonniers coopérants, notamment Basim. Sa première priorité était d'interroger les pêcheurs capturés dans l'exploitation piscicole du Gros, envoyés directement à Bagdad après leur capture. Il ne restait alors à Maddox que six jours en Irak.

C'était exactement le type de menu fretin que Kelly, l'analyste de Tikrit, n'avait aucune envie de perdre du temps à traquer. Et pourtant, ils allaient prouver que l'approche par le réseau fonctionnait réellement. Il s'avéra que l'un des deux hommes était le cousin d'un compagnon de pêche du Gros, Mohammed Khudayr. Ce pêcheur et son cousin possédaient aussi une propriété à Bagdad susceptible de servir de refuge au Gros. Maddox fit passer l'information.

Lors d'une des dernières nuits de Maddox en Irak, un major évoqua par hasard un raid en train d'avoir lieu dans une maison de Bagdad-le refuge du pêcheur. Quelques heures plus tard, les hommes des opérations spéciales revenaient avec quatre prisonniers cagoulés, parmi lesquels se trouvait Mohammed Khudayr. Une fois encore, semblait-il, le Gros leur avait échappé. Encore une piste en impasse, comme tant d'autres.

Un peu plus tôt le jour même, Maddox avait briefé le commandant des opérations spéciales sur son organigramme et son approche par les réseaux sociaux. Ce dernier avait été si impressionné qu'il avait demandé à Maddox d'en parler à l'officier des renseignements du CENTCOM [United States Central Command] le lendemain à Doha, au Qatar. L'avion décollait à 8 heures du matin. A 2 heures, six heures avant de quitter l'Irak, Maddox commença à interroger Mohammed Khudayr.

Et sous la cagoule...

Après de longs échanges, Maddox reçut un choc en apprenant de la bouche de Khudayr que le Gros était avec lui lors de sa capture. Maddox retourna à toute vitesse à la prison et arracha les cagoules des trois autres hommes capturés ce jour-là. Le troisième était Mohammad Ibrahim Omar al-Musslit. Ils avaient trouvé le Gros; il leur avait juste fallu quelques heures pour s'en rendre compte.

A Tikrit, le major Brian Reed posa d'un geste sec une feuille de papier kraft sur la table. En une quinzaine de minutes, Reed et son commandant, le colonel Jim Hickey, esquissèrent les grandes lignes d'un plan de capture de Saddam Hussein. Le Gros avait livré à Maddox le lieu de sa cachette au bout de quelques heures d'interrogatoire seulement: une ferme au bord du Tigre, près de la ville d'al Dawr. L'endroit revêtait une signification particulière pour le dictateur.

En 1959, après sa tentative ratée d'assassinat du Premier ministre irakien, Saddam avait fui à al Dawr avant de traverser le Tigre à la nage pour rejoindre la Syrie. Après son accession au pouvoir, Saddam mit en scène cette traversée tous les ans pour célébrer l'anniversaire de sa fuite.

Alors que Maddox se trouvait désormais à Doha, Mohammad Ibrahim Omar al-Musslit fut transporté par avion de Bagdad à Tikrit, puis conduit à la ferme par les membres des opérations spéciales qui avaient rendez-vous avec les troupes de la 4e division d'infanterie commandée par Hickey. Reed raconte qu'il s'attendait à un nouveau «puits sec», comme à chaque fois qu'il avait eu un tuyau sur la cachette de Saddam. Hickey, quant à lui, était plus sûr de son coup. Après une première fouille infructueuse de la propriété, Mohammad montra du doigt l'endroit où le célèbre trou de souris de Saddam était dissimulé. La traque de l'homme le plus recherché d'Irak venait de s'achever".


Chris Wilson
Traduit par Bérengère Viennot.(Mars 2010)
Sources: slate.fr 3/5 et 4/5

Autre documents du dossier: A la recherche de Saddam Hussein 1/5, 2/5 et 5/5